Avec trois clubs sur quatre en demi-finales de la
Ligue des champions et une exposition médiatique quasi
permanente, la Premier League est-elle réellement devenue le
premier championnat du Vieux Continent ?
Hors de nos frontières, les
passionnés de football considèrent principalement
quatre championnats en Europe : la Bundesliga, en
Allemagne ; la Liga, en Espagne ; le Calcio, en
Italie et la Premier League, en Angleterre. Notre bonne vieille
Ligue 1 et ses nombreux 0-0 ne suscitent qu'un
intérêt poli, équivalent à celui
porté aux championnats portugais et hollandais. Parmi les
quatre compétitions majeures, tout porte à croire que
la meilleure est aujourd'hui la Premier League.
Pourquoi ?

Didier Drogba, à gauche, en conversation
avec Rio Ferdinand, a multiplié son salaire par cinq en
passant de l'OM à Chelsea.
L'Angleterre, plus riche !
Au-delà du rayonnement culturel que la langue anglaise
peut conférer au championnat britannique, en Asie notamment,
la Premier League est incontestablement plus riche que ses
homologues européens. Les droits télé y sont
plus élevés, 1, 250 milliard d'euros par an,
plus du double de la Ligue 1, notamment parce que les matchs
de Premier League sont diffusés dans le monde entier, y
compris en Chine.
Les investisseurs y sont aussi plus nombreux. Le cas du
milliardaire russe Roman Abramovitch, l'une des dix
premières fortunes du monde, qui arrive à Chelsea,
depuis rebaptisé Chelski par ses détracteurs, est
à cet égard éloquent. Grâce à des
recrutements à prix d'or, aussi bien sur le banc - Jose
Mourinho émarge à 10 millions d'euros par
an - que sur la pelouse - Michael Ballack, Michael Essien
ou Andriy Shevchenko... -, Chelsea est devenu l'une des
meilleures équipes européennes en moins de trois
ans.
Le cas Chelsea mis à part, tous les autres clubs anglais
sont rentables, ce qui est un très fort pouvoir d'attraction
pour de nouveaux investisseurs. Cette
rentabilité n'existe pas ou peu en Espagne et en Italie,
où de nombreux clubs seraient relégués dans
les divisions inférieures si l'équivalent de la DNCG
(Direction nationale du contrôle de gestion) en Ligue 1
existait dans ces championnats. La mauvaise gestion est
également un facteur de conflits avec les joueurs du fait du
paiement en retard des salaires, comme avec les clubs qui
n'acceptent plus des réglements iniques.
Ainsi en 1997, le championnat espagnol a tourné avec
22 clubs, parce que l'année précédente,
le FC Séville et le Celta Vigo avaient refusé
une sanction de la Liga les condamnant à la
relégation. Impensable en Angleterre ! En Allemagne, si
la Bundesliga a pour elle le prix de la bonne
gestion, les clubs allemands ne bénéficient
cependant pas d'une manne aussi importante que celle des droits
télé anglais qui, de ce fait, ont du mal à
concurrencer les clubs anglais.

Roman Abramovitch, entre John Terry et Franck
Lampard, s'éclate avec Chelsea... Ou
l'inverse ?
L'Angleterre, mieux
équipée !
Avec l'Allemagne, qui a vu une grande partie de ses stades
rénovés pour la Coupe du monde de 2006,
l'Angleterre dispose des enceintes les plus modernes et les mieux
remplies. Régulièrement refaits, de taille
raisonnable et entièrement conçus pour le football,
à l'inverse des stades italiens ou français, les
terrains anglais font le bonheur des fans.
En Premier League, huit matchs sur dix se jouent à
guichets fermés tous les week-ends, alors que le prix des
places est le plus élevé d'Europe, 60 euros en
moyenne. L'offre des billets est beaucoup plus segmentée que
dans le reste de l'Europe, la gamme des places bien plus large, ce
qui permet, par exemple, à Manchester United de faire, un
soir de match à Old Trafford, 43 % de son chiffre
d'affaires avec seulement 9 % des billets.
Dans ce domaine, c'est tout le football européen qui a
des leçons à prendre. En Angleterre, la billetterie
est une ressource aussi importante que les droits
télé. Et c'est elle qui assoit la solidité
financière du club. Sunderland, en deuxième division,
compte ainsi 35 000 spectateurs en moyenne à
domicile. En France, seuls Paris et Marseille font aussi
bien ! Avec tant d'argent, tous les clubs anglais sont
compétitifs sur le marché des transferts, et pas
seulement les quatre premiers, comme c'est le cas dans tant
d'autres championnats.
Les droits TV sont tels en Angleterre que le dernier du
championnat touche autant que le premier de Ligue 1, environ
40 millions d'euros. Si l'on y ajoute une fiscalité
plus favorable que dans tout le reste de l'Europe, il est
impossible de lutter dans la course aux salaires des joueurs !
Didier Drogba a ainsi multiplié son salaire par cinq quand
il est passé de Marseille à Chelsea. Dix des
vingt footballeurs européens les mieux payés
évoluent en Angleterre.
L'Angleterre, sans les Anglais !
La limite de ce fort pouvoir d'attraction se retrouve dans la
nationalité des joueurs. A Arsenal comme à Chelsea,
il n'y a quasiment plus d'Anglais parmi le onze titulaires. Les
entraîneurs des principaux clubs sont portugais (Jose
Mourinho à Chelsea), écossais (Alex Ferguson à
Manchester United), français (Arsène Wenger à
Arsenal), et espagnol (Rafael Benitez à Liverpool).
Certes, il reste quelques cadres anglais dans chaque
équipe : John Terry et Frank Lampard à
Chelsea ; Steven Gerrard et Jamie Carragher à
Liverpool ; Wayne Rooney et Paul Scholes à
Manchester United. Mais leur présence est de plus en plus
anecdotique tant les effectifs de ces équipes sont
pléthoriques.
Ainsi au mois d'avril dernier, Manchester United a pulvérisé la
Roma (7-1) malgré une demi-douzaine de joueurs
blessés ou suspendus. Mais ce petit nombre de joueurs
anglais en Premier League constitue un faible réservoir pour
l'équipe nationale. Cette dernière n'est plus
parvenue en finale d'un tournoi majeur, Coupe du monde ou
championnat d'Europe, depuis quarante ans. Un vrai problème
pour certains fans !

Arsène Wenger entraîne Arsenal
depuis dix ans. En Angleterre, on ne change pas de coach tous les
trois matchs...
L'Angleterre, plus forte ?
Rien ne permet d'affirmer que la performance de cette
année - trois clubs en demi-finales de la principale
compétition européenne - est le début
d'une nouvelle domination anglaise. Sans ressources
financières excessives, l'Angleterre dominait
déjà le football européen avant sa suspension
après le drame du Heysel, en 1985. A cette
époque, les clubs de Premier League trustaient les coupes
d'Europe. Entre 1977 et 1985, ils ont ainsi remporté sept
victoires en Coupe des clubs champions sur les neuf possibles.
Depuis, d'autres championnats ont pris le relais de
manière ponctuelle. En 1990, l'Italie a par exemple
remporté les trois coupes d'Europe : le Milan AC
en Coupe des clubs champions, la Sampdoria de Gênes en Coupe
des vainqueurs de Coupe, aujourd'hui disparue, et la Juventus de
Turin en Coupe UEFA. En 2000, trois équipes
espagnoles sont également parvenues en demi-finales de la
Ligue des champions : Valence, Real Madrid et Barcelone. Et
en 2003, trois formations italiennes ont réalisé
la même performance : Inter Milan, Milan AC et
Juventus de Turin.
Aucune de ces belles années n'a donné lieu
à une période de domination d'un championnat
européen sur les autres. Depuis leur retour en coupe
d'Europe en 1991, les équipes anglaises n'ont
remporté que deux finales sur les quinze possibles, contre
cinq pour les Espagnols, trois pour les Italiens et deux pour les
Allemands. La tendance actuelle a donc encore besoin d'être
confirmée dans les années à venir. Avant de se
prononcer sur l'éventuelle supériorité de la
Premier League, il va donc falloir patienter encore un peu...
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