
Fraîchement nommé Secrétaire d'Etat chargé de la Jeunesse et des Sports, Bernard Laporte s'est expliqué devant les journalistes au siège de la fédération française de rugby, à Paris. L'entraîneur du XV de France, accompagné du président Lapasset, s'est déclaré ému et fier de cette responsabilité, mais jure qu'il est pour l'instant focalisé à cent pour cent sur la Coupe du monde cet automne.
«Bernard Laporte, quelle est votre première réaction après cette nomination ?
J'ai vécu beaucoup d'émotions dans cette journée, parce que même si mon nom avait circulé à certains moments, rien n'était fait, et donc je ne voulais pas y croire. Et puis je ne me suis jamais levé le matin en me disant : "un jour, il faudrait que tu sois Ministre des sports". C'était quelque chose qui pouvait arriver mais que je ne cherchais pas spécialement. Et puis effectivement, quand j'étais dans la voiture sur les Champs-Elysées à midi, et que j'ai entendu à la radio Claude Guéant énoncer mon nom, il y a eu beaucoup d'émotion. C'est pour moi une grande fierté, et je pense d'abord à mes parents. Je pense à tous les gens que j'ai croisé et qui m'ont aidé à grandir, parce que je crois que si j'en suis là aujourd'hui, c'est parce que j'ai croisé dans ma vie des grands monsieurs. Cela a commencé à Bègles avec Alain Moga, ça a continué à Paris avec Max Guazzini, puis aujourd'hui avec le Président Lapasset et tout le staff de l'équipe de France, que je tiens à remercier. Cette nomination, c'est aussi la leur, et c'est aussi certainement celle du monde du rugby. On a gagné l'autorisation d'organiser la Coupe du monde en France, sur le terrain, les joueurs ont gagné trois tournois sur quatre, cela a certainement servi à ma nomination. Le rugby a pris une grande dimension médiatique, et je remercie les gens du rugby. Je remercie aussi ceux qui m'ont fait confiance, que ce soit le Président de la République, le Premier Ministre. Je les remercie surtout de me permettre de faire cette coupe du monde avant de prendre ce poste. C'est le rêve d'un entraîneur ce Mondial, et j'avais dit aux joueurs que je la ferai avec eux.
Vous parlez de la coupe du monde. A-t-elle été un obstacle à votre nomination ?
Jamais, parce que dès le début, j'ai dit que j'avais une coupe du monde à jouer, et que je devais y participer. Je me suis engagé avec le président Lapasset, avec le staff, avec les joueurs, et je ne me voyais pas, à trois mois de l'événement, leur dire : "je vais épouser la plus belle mariée, dem....-vous", même si personne n'est irremplaçable.
Vous allez devoir vous préparer à ce rôle de Secrétaire d'Etat. Comment allez-vous cumuler les deux casquettes d'ici au 21 octobre ?
Une coupe du monde, c'est trois mois, ce n'est pas grand chose. Je lirai des dossiers le soir pour me mettre au courant. J'aime travailler de toute façon, donc ce n'est pas un souci. Et puis les journées sont longues, ça me fera du bien le soir à Marcoussis de parler d'autre chose que de rugby. Mais en aucun cas je ne m'engagerai sur le terrain puisque je serai avec l'équipe de France pour préparer la Coupe du monde. Je vais travailler avec quelqu'un que j'apprécie beaucoup : Roselyne Bachelot. Je ne la connaissais pas vraiment mais je l'ai rencontrée cet après-midi, et je vais travailler à ses côtés, c'est elle qui mènera le bal. C'est un nouveau métier pour moi. Je pense connaître le sport, mais il faudra que je travaille les dossiers. Ma mission ne commence que le 21 octobre. Ce qui est important, c'est que dans 10 jours, on se retrouve à Marcoussis avec l'équipe de France. Ce qui est important, c'est que jeudi nous donnons le nom du remplaçant d'Elvis Vermeulen. C'est cela qui occupe aujourd'hui mes pensées et ma réflexion.
Cette nomination peut-elle polluer la préparation de la compétition, et notamment gêner les joueurs ?
Je ne vois pas pourquoi. A partir du moment où ma mission est de mener l'équipe de France à la coupe du monde et que j'accomplis ma mission, je ne vois pas où est le problème. Le seul avantage que j'ai, c'est que je sais ce que je ferai le 21 octobre, après la coupe du monde. Et cela me donne une grande détermination. Ma vie dans le rugby va s'arrêter bientôt, et j'ai encore plus envie d'aller au bout des choses.
Depuis quand discutez-vous de tout cela avec le gouvernement ?
Je n'ai pas envie de parler de choses qui ne m'appartiennent pas. Moi j'ai appris la nouvelle ce midi. Ce qu'il s'est passé avant, cela regarde le Président de la République et moi, et si le Président a envie d'en parler, il le fera. Bien sûr, on en avait parlé il y a longtemps, mais il n'était pas encore Président de la République. Alors je me disais, s'il est élu, peut-être que... mais il ne m'avait rien promis, c'était juste une possibilité, j'en avais d'ailleurs parlé avec les joueurs pendant le tournoi, pour être loyal avec eux.
Cet engagement politique, c'est une vocation ou une opportunité ?
C'est une opportunité. Moi, jamais dans ma vie je ne m'étais dit que je serai Ministre des sports. Voilà, c'est comme ça, c'est le destin. Il ne faut pas se poser de questions. Vous savez, je suis un privilégié : j'ai entraîné l'équipe de France pendant huit ans, et derrière je prends un poste comme ça, c'est un immense privilège, tant mieux pour moi.
Avez-vous hésité avant d'accepter ce poste ?
Je ne pouvais pas hésiter, à partir du moment où on me laisait la coupe du monde comme priorité. C'est quand même beaucoup d'émotions, beaucoup de fierté, un plaisir immense de travailler aux côtés des gens du gouvernement. C'est une aubaine, un enrichissement personnel que je ne pourrai peut-être vivre qu'une fois. Il n'a jamais été question de refuser. C'est vrai que s'il y avait eu un ultimatum, du genre à prendre ou à laisser immédiatement, je n'y serai sûrement pas allé parce que je m'étais engagé avec l'équipe de France. C'est grâce à la famille du rugby que je suis là aujourd'hui, et je le sais.
Allez-vous garder vos autres activités ?
Que j'ai trois maisons ou dix maisons, qu'est-ce que ça change ? Chacun fait sa vie. Moi, dans mes affaires, je ne suis pas salarié, donc je n'y suis pas engagé. Pour moi ça ne gêne en rien, et quand j'étais à la Fédération, je n'ai jamais mis mon travail d'entraîneur en retrait par rapport à mon activité. On dit que je suis pluriactif, je ne suis pas pluriactif. Pluriactif, ce serait d'avoir plusieurs engagements. Moi mon seul engagement, c'est entraîneur de l'équipe de France de rugby.»



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